Monter au mât

Monter ou grimper au mât en mer est parfois indispensable. Problème de drisse coincée, girouette de l’anémomètre défaillante alors que les données sont utilisées par le pilote automatique, antenne de VHF dévissée, etc
Ce n’est pas toujours une sinécure, de monter à plus de 10 m, voire 20 m de haut sur un mât qui amplifie les mouvements du bateau dans la houle ou les vagues.

On distinguera deux situations très différentes : grimper au mât en urgence en navigation pour résoudre un problème; ou alors monter au mât tranquillement au port alors que le voilier est immobile pour réparer ou effectuer un contrôle, ou encore une maintenance préventive.

Les différentes techniques :

Au port avec une chaise de calfat :

Une solution sans se fatiguer : utiliser une drisse de spi tournée sur la poupée du guindeau électrique du mouillage, à moins que des équipiers costauds du bord veuillent se réchauffer en faisant tourner les winchs. Ce n’est pas mon cas seul à bord avec ma tendre et douce; de plus l’âge venant je ne m’aventurerais pas à grimper à la seule force des bras ! Il faut utiliser une solide poulie à plat pont pour un bon renvoi de la drisse vers le guindeau, le mien étant à axe vertical; sortir la chaîne et utiliser la télécommande. C’est le même principe en plus facile pour un guindeau horizontal, notamment si votre équipier n’a pas encore le « geste marin ». On se sert aussi d’une autre drisse pour s’auto-assurer avec par exemple un baudrier d’escalade ou mieux de spéléo plus confortable. Comme ça aucun risque, même si vous n’avez pas une confiance totale dans l’équipier manœuvrant le guindeau.

Les techniques pour grimper seul au mât :

La solution à deux en utilisant le guindeau n’est pas possible en navigation par mer formée. Avec des équipiers expérimentés à bord, on peut toujours monter en urgence à l’aide d’un double nœud de chaise, une boucle pour chaque jambe; mais idéalement il vaut mieux disposer d’un minimum de matériel étudié et simple pour pouvoir monter seul. Essentiel pour ceux naviguant en solitaire, mais aussi en équipage réduit, comme par exemple en couple avec l’un des deux partenaires pas trop à l’aise avec les bouts !

grimper au matChacun sa technique pour monter au mât de son voilier, de la plus efficace à la plus élégante !

Le matériel d’escalade

Ma solution préférée consiste en l’utilisation d’un matériel d’escalade, en fait un matériel de spéléologue, connu sous le nom de « Tracson ». J’ai hérité d’un baudrier Petzl vraiment très confortable et très sûr, pas seulement un cuissard comme certains baudriers de varappe, mais un baudrier-harnais complet avec des sangles pour les jambes, mais aussi des sangles sur les épaules. Aussi confortable qu’une chaise de mât, mais plus sûr et rassurant ! Il vous faut ensuite un étrier, une poignée autobloquante, un descendeur-bloqueur appelé souvent dans le jargon des terriens escaladeurs un « grigri », 2 mousquetons avec sécurité. Du matériel d’escalade classique et même pour l’une des meilleures marques comme Petzl bien moins cher qu’un ascenseur de mât. Le principe est simple : harnais relié par un mousqueton au grigri bloqué (et autobloquant) sur la drisse, que l’on peut faire aisément coulissé avec une main. Poignée EscaladePoignée autobloquante au dessus sur la drisse avec mousqueton relié à l’étrier avec éventuellement 2 m de corde d’escalade suivant le type d’étrier. Certains étriers pour l’escalade artificielle ou la spéléo comportent plusieurs « marches » en sangle. matériel pour monter au mâtOn se sert uniquement de la force des jambes pour monter, extension en poussant sur la jambe lorsque poignée et étrier sont fixes. Après l’extension on fait glisser le grigri vers le haut et donc le bout de son harnais, ensuite il suffit de faire glisser la poignée supportant l’étrier vers le haut, avant la prochaine extension, et ainsi de suite. Il faut s’entrainer auparavant sur de faibles hauteurs, un équipier utilisant une seconde drisse de sécurité, reliée au harnais et tournée sur un winch. Lorsque l’on a pris le coup, ça va relativement vite.
L’important étant de disposer de drisses de taille équivalente aux cordes d’alpinistes, soit environ 10 mm de diamètre. C’est fondamental pour une utilisation sûre du grigri en autobloquant ou en descendeur pour revenir sur le pont. Mon Grigri Petzl fonctionne pour des cordes de 9 à 11 mm, mais est optimisé pour des cordes de 9,4 à 10,3 mm. Quant aux poignées autobloquantes, étudiées pour l’escalade, elles ne fonctionneront pas avec des cordes de diamètre en dehors d’un intervalle par ex 8 à 13 mm.
Je ne conseille pas non plus d’utiliser une vraie corde de montagne, en la hissant par exemple auparavant en tête de mât, car celles-ci sont souples et donc élastiques, très important pour amortir les chocs « dynamiques », c’est à dire les « vols » dans le milieu montagnard, sans se rompre; mais peu commode pour une progression constante le long du mât. Mieux vaut une drisse de voilier en pré-étiré, tant qu’elle reste du bon diamètre.

Pour monter en pleine mer au mât de leur open 60 proche de 30 m de haut, les solitaires du Vendée Globe utilisent un système similaire, poignées bloquantes pour main et pied ainsi qu’un descendeur du type « L’Olivette » fonctionnant sur une drisse étarquée. Une longe faisant le tour du mât et des hanches du skipper pour ne pas trop se balader, l’amplitude des mouvements à une telle hauteur étant impressionnante; et un système pour se « vacher » permettant de s’arrêter au cours de l’ascension.

systeme pour grimper au mat

A noter certains fabricants de matériel pour bateaux ont repris le principe et commercialise un pack complet (par ex. le « mastclimber » de la société US ATN), mais personnellement je préfère utiliser du matériel d’escalade mieux contrôlé et plus sécurisant.

Les échelons de mât

Deux sortes d’échelons, les échelons rabattables, plus solides et commodes pour les drisses, mais aussi beaucoup plus lourds. Si l’on en installe tout le long du mât, on risque de le fragiliser; de plus cette solution n’est pas vraiment idéale pour un dériveur car on ajoute du poids ou fardage dans les hauts. Personnellement je crois qu’il est bon d’en installer quelques uns (3 ou 4 pas 50) à des endroits stratégiques, pour atteindre facilement le point d’amure de la GV au dessus de la bôme et aussi 2 échelons quasiment en tête de mât pour se reposer les jambes et travailler confortablement.
Les autres types d’échelons plus légers souvent rivetés ne sont pas toujours solidement fixés et sont des pièges à drisses.

Les échelles de corde

Il n’est pas toujours évident de pouvoir bien tendre ces échelles pour qu’elles ne pivotent pas sur elle-mêmes lors de l’ascension. On peut par contre utiliser 2 échelles partant de chaque bord du voilier pour monter vers un nid de pie, souvent au niveau des premières barres de flèches. Très pratique pour les navigations dans les glaces ou au milieu des lagons plein de patates de corail.

Les treuils

La société Switech, anciennement Swisstech, a développé des treuils spécifiquement pour monter seul au mât. Solution onéreuse mais qui a l’air bien étudiée (je n’ai pas encore essayé). La forte démultiplication doit permettre de monter aisément sans effort, mais peut-être assez lentement ?
Ce treuil peut aussi être utilisé en bout de bôme pour remonter un éventuel « homme à la mer », en général très lourd une fois les habits, bottes et cirés plein d’eau.


A voir la vidéo de Bernard Stamm qui grimpe seul sur le mât de son Open 60 de 30 m de haut !


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