Guide des mouillages en Antarctique

Envie d’aller saluer les manchots sur la « Terra Incognita » ?
Un guide nautique pour une croisière insolite : la péninsule Antarctique à la voile ! Une destination protégée de l’affluence des voiliers, malgré un réel engouement pour ces latitudes, par le froid, la brume, les courants, la glace, le vent, la neige, la houle, les tempêtes…vous voulez encore lire la suite ?
Un guide… enfin un bien grand mot, plutôt un effort pour répertorier les principaux mouillages les plus connus de cette péninsule Antarctique, accessibles pour des voiliers de grande croisière correctement équipés et aux équipages expérimentés, sans pour autant disposer de l’autonomie dont bénéficient certains grands voiliers d’expéditions. Une œuvre collective mais modeste, plusieurs voiliers Ovni (Ovni 43, 435 et 395 sur les photos) mais il faut ajouter pas encore vraiment nombreux, y ayant séjourné ces dernières années.
Vous aimez la pureté des éléments, la nature inviolée, les déserts immaculés, les lumières australes ? Alors suivez les traces des Shackleton et Charcot, et allez visiter ce continent recouvert toute l’année d’un manteau blanc, cerné de hautes falaises de glace qui s’effondrent régulièrement dans l’océan pour créer d’immenses icebergs toujours superbement sculptés et qui vont partir à la dérive au gré des vents et des courants.

voilier au mouillage en antarctiqueVoilier au mouillage dans la Péninsule Antarctique – ici Fortuna l’Ovni 395 du skipper Italien Moreno
Cliquer sur la photo pour plus de vues des mouillages et paysages de l’Antarctique

Un petit guide nautique, mais à nouveau pas vraiment au sens où on l’entend pour un guide de croisière aux Antilles ou en Méditerranée, car c’est la météo rencontrée et l’évolution des glaces et du « brash » qui vont conditionner le choix d’un mouillage et sa localisation exacte au moment du séjour du voilier. Poussée par les vents et courants, la glace est imprévisible, elle peut arriver à n’importe quel moment, sans prévenir ! Le voilier doit pouvoir résister à des chocs avec la glace et bien que disposant d’une bonne autonomie, doit éviter de se faire cerner par les glaces ! Attention certains chauffages consomment plus de gasoil que théoriquement prévu, surtout si l’isolation du voilier est à revoir. Les vents faibles fréquents, sans compter les passages délicats et les séances de « labour » dans le brash, entrainent une utilisation fréquente du moteur. Les voiliers à coque métallique, aluminium ou acier, à faible tirant d’eau, dériveurs intégraux ou à quille relevable, disposant de cloisons étanches, semblent les mieux adaptés. Pour avoir un aperçu de la météo sur zone voir ce lien : météo marine au sud de l’Amérique du Sud et péninsule Antarctique

Comment se rendre en Antarctique

La grande majorité des voiliers prévoyant de visiter la péninsule Antarctique pendant le court été Austral parte d’Ushuaia à l’extrême sud de l’Argentine, avec un arrêt une bonne vingtaine de mille et une demi-journée plus loin à Puerto Williams, la « ville » la plus sud du Chili, pour effectuer les formalités douanières et permettre à leurs vaillants équipages d’ajuster leur alcoolémie au bar du Micalvi en prévision des frissons à venir. Formalités qui n’ont rien d’obligatoire si vous vous rendez directement en Antarctique, mais utiles au cas où vous devriez ou simplement apprécierez de séjourner dans les mouillages des archipels au voisinage du Horn.
On attend alors une fenêtre météo favorable pour entreprendre le passage du Drake, environ 500 milles nautiques représentant 3 à 4 jours de traversée hauturière. Si l’on doit patienter un peu plus longtemps que prévu, plusieurs mouillages dans les îles chiliennes au nord du Cap Horn, permettent de s’abriter en attendant que les conditions s’améliorent. On part souvent derrière une dépression, dans la dorsale. Les mouillages les plus connus (voir carte interactive en cliquant sur la carte ci-dessous) sont Puerto Toro, l’île Lennox, la caleta martial sur l’île Hershell, port Maxwell sur l’île l’Hermite, bien abrités par vents d’ouest, sud ouest, ainsi que d’autres moins connus dans l’archipel des îles Wollatson toutes proches du Cap Horn.

Les formalités, quoi des formalités au royaume des pingouins ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on rencontre de nombreuses bases habitées pendant l’été australe qu’il ne faut en principe pas déranger ou visiter sans accord préalable, ou tout du moins avoir averties par VHF avant de se rendre à terre… A côté de bases effectivement axées sur la recherche scientifique, on rencontre des bases plutôt orientées sur « l’occupation du territoire », nos amis anglais, argentins et chiliens doutant peut-être de la reconduction tacite du traité ? Certains pays plus stricts que d’autres… exigent une demande d’autorisation plus de 6 mois à l’avance (UK, Australie, etc). Les bases les plus proches du continent Sud Américain sont argentines et chiliennes, la marine chilienne ayant la responsabilité de la majorité des zones de navigation empruntées par les voiliers. Pour convenir aux autorités chiliennes, on présente la « Zarpe » (clearance) délivrée à Puerto Williams, lors de chaque visite à une base chilienne. En cas de coup dur notamment au voisinage du Cap Horn, c’est la marine « Armada del Chile » qui viendra vous prêter main forte et qui pourra trouver utile de connaître votre signalement; même si comme beaucoup d’équipages croisant dans ces latitudes vous comptez d’abord sur vous même et la bonne préparation de votre bateau pour assurer votre sécurité ! Les autres bases scientifiques proches sont ukrainienne (Vernadski aux îles Argentines), américaine (Palmer au sud de l’île d’Anvers), ou anglaise (Port Lockroy) avec aujourd’hui… son musée pour touristes.

Pour revenir aux formalités pratiques, il faut demander une autorisation à l’un des pays membres signataire du traité de l’Antarctique; il va de soi que le respect de la faune et de la flore est primordial. Les autorités pourront vous communiquer la localisation de certaines zones protégées réservées à des visites à caractère scientifique uniquement. Pour un voilier sous pavillon français il faut demander une autorisation (dérogation administrative) aux TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Voir ce lien : Secrétariat du traité sur l’Antarctique

Principaux mouillages Antarctique

Voici les mouillages les plus connus, souvent les plus accessibles, certains comportant des bases en général habitées pendant l’été austral. Mais attention c’est encore une terre d’exploration, de nombreuses zones ne sont pas ou peu cartographiées, de plus les conditions météo et la présence de la glace ne permettent pas de prévoir un itinéraire fixe. Heureusement la beauté des lieux et le grand nombre de possibilités de mouillages, vous offriront une merveilleuse croisière d’exploration quelque soit le trajet réellement effectué.

mouillages péninsule antarctiqueCliquer sur la carte et zoomer sur l’Antarctique pour accéder aux mouillages, ne pas utiliser pour la navigation

Après une bonne fenêtre météo et le passage du Drake, on prévoit généralement en fonction de la météo et des vents prévus un atterrissage sur l’île Déception, un excellent refuge à l’intérieur d’un volcan sous l’eau dont un pan s’est effondré, sauf par forts vents d’est; ou alors directement plus au sud à l’ouest de l’île de Brabant dans l’archipel Melchior avec son superbe abri au milieu de murs de glaces et d’icebergs aux blancs et bleus étincelants; déjà à l’intérieur des îles et terres australes de la péninsule Antarctique.

Un extrait du livre de bord de Daniel sur Malou, un Ovni 43, donne un aperçu des mouillages fréquentés pour un séjour dans la péninsule d’une douzaine de jours, c’est à dire sans compter les temps de passage et l’attente d’une fenêtre météo convenable pour traverser le Drake :

Depuis le Cap Horn, nous avons « atterri » à Déception, de là, nous nous sommes dirigés vers l’archipel Melchior, puis vers Port Lockroy en passant par le chenal Neumayer. De Port Lockroy nous nous sommes dirigés vers le sud, en passant par le détroit de Gerlache, puis le détroit de Lemaire, enfin nous avons atteint les îles Argentines et la base Vernadsky.
Notre objectif était atteint. Nous aurions voulu aller plus au sud, mais les glaces devenaient vraiment trop denses pour Malou, et notre réserve de gasoil faible.
De Vernadsky nous avons emprunté le même chemin pour nous diriger vers le nord et la magnifique baie Paradise, nous y avons passé plusieurs jours idylliques. Puis de nouveau Melchior et Déception, « atterrissage » à port Stanley.
Je ne savais pas au départ à quoi ressemblait la Péninsule, les lectures ne parlaient que de tempêtes, de rencontres avec des icebergs, d’épouvante …, peut être que faire peur fait vendre plus de papier!!!!
Enfin depuis le Cap Horn, nous n’avons pas eu de mauvais temps, était-ce exceptionnel ? Je ne sais pas, mais certainement puisque ce cap mythique est si redouté, la traversée du chenal de Drake également.
Avant de vous rendre dans la Péninsule, comme dirait quelqu’un que j’ai rencontré à port Stanley, vous devez demander l’autorisation à votre pays d’origine, et là on vous dit les bases ne sont pas là pour vous accueillir, il ne faut pas les déranger etc. etc. etc. Ce que j’ai vu c’est que les « chercheurs » et il n’y a pas que ça, sont très contents de vous recevoir et discuter avec vous et si c’était à refaire je crois que je les inviterais à boire un café à bord avant d’aller à terre.
Regrettable ce que les Anglais ont fait de port Lockroy, une superette du souvenir, petites laines, cartes postales, livres, bientôt vous y trouverez des pâtes, et pourquoi pas du camembert !! C’est une affaire qui marche bien, les gens ne visitent même plus, ils achètent un gadget et retournent à bord de leur gros bateau bien chauffé.
Les seuls qui semblent chercher quelque chose sont les jeunes ukrainiens de la base Vernadsky, je me demande s’ils n’auraient pas préféré finir leurs études en Californie. Il faut bien que quelqu’un s’occupe du trou dans la couche d’ozone. Ensuite il y a les Chiliens, et les Argentins, eux c’est clair ils occupent le territoire. Chiliens, Argentins, et Britanniques revendiquent le même territoire .Ils n’ont pas lu le traité de l’Antarctique de la même façon que les autres.
Décevant également le comportement des Chiliens de la base Gonzalez Videla qui vous demanderaient presque votre passeport comme si vous étiez à Santiago. Paraît-il que c’est pour votre sécurité des fois que vous vous fassiez attaquer par un pingouin.
Il passe vraiment beaucoup de touristes dans la Péninsule, trop : 3 bateaux de 500 passagers tous les jours aux mêmes endroits c’est beaucoup, mais ça n’a pas l’air de déranger les pingouins.
Ce n’est pas encore une destination populaire mais enfin les charters qui se multiplient montrent bien qu’il y a une demande et si vous avez la chance d’y aller vous reviendrez avec des images plein les yeux pour longtemps.
Je crois que si je devais y retourner, j’irais avec un bateau mieux équipé, mieux isolé, mieux chauffé, avec des gros réservoirs plein de gasoil. J’irais directement dans la mer de Weddell, ou dans la baie Marguerite, mais là c’est une autre histoire.

Les distances courtes permettent de changer chaque jour de mouillage en une seule étape, bien qu’il ne faille pas sous estimer les temps de louvoyage nécessaires du à la présence de la glace. Par exemple du Nord au Sud : le Cap Hershell, Enterprise et sa baleinière échouée à laquelle l’on peut s’amarrer, l’île de Cuverville, le détroit de Gerlache dans les eaux duquel vous avez de grandes chances d’apercevoir plusieurs cétacés comme la baleine à bosse, la baleine de Minke et l’orque. Puis la Baie de Paradise qui porte bien son nom et où deux bases sont en activité, la station argentine Almirante Brown et non loin, à Waterboat Point, la station chilienne Gabriel Gonzalez Videla. Cette dernière est installée au beau milieu d’une colonie très animée de manchots papou. Puis plus au sud le détroit de Lemaire dont la navigation au pied des montagnes à pic est une expérience mémorable de toute beauté, détroit qui conduit aux îles Pléneau et leurs nombreux icebergs et growlers, Port Charcot, lieu d’hivernage de la première expédition, et l’île Petermann où hiverna la seconde expédition scientifique de grande ampleur menée par ce charismatique capitaine français Jean Baptiste Charcot; sans oublier la base ukrainienne de Vernadsky pour une rencontre avec ses scientifiques sympathiques, enfin le minuscule musée anglais de Port Lockroy muni d’une boîte aux lettres pour envoyer votre courrier, et un bon abri pour admirer manchots papou, phoques de Weddell ou baleines à fanons pour cette ancienne base scientifique de sa Majesté, etc.

La faune est partout extraordinaire et encore peu craintive de l’homme; merci à ceux qui nous ont précédés. Des Léopards de mer au regard agressif, des phoques de Weddel, des éléphants de mer; et bien sûr les manchots d’Adélie, gorfous, papous, …, puisque l’été austral est la saison pour nicher sur le rivage étroit, sont innombrables. Les skuas, pétrels bleus, géants, damiers du cap, albatros, sternes antarctiques, … animent le ciel du matin au soir. Et bien sûr encore, les baleines à bosses majestueuses qui croiseront peut-être votre sillage …

banquise antarctique
La banquise et les glaces moins
omni-présentes sur la partie Ouest
qu’à l’Est de la péninsule
dans la mer de Weddell

Pour les aventuriers disposant de plus d’autonomie et de temps, ou pour un deuxième séjour, on y prend vite goût, on ajoutera une virée vers la baie Marguerite, délimitée au nord par l’île Adélaïde et la barrière de Wordie, le détroit de George VI au sud et la Côte de Fallières à l’est; enfin si l’état des glaces le permet ! A noter aussi, les bases au Nord Est de la péninsule et la mer de Weddell moins fréquentée, et un pèlerinage à l’île Elephant pour ceux se rendant aux Malouines ou en Georgie du Sud.

Voilà pour une première approche. Si vous voulez tout connaître des secrets de cette péninsule avec ses icebergs, ses méandres et chapelets d’îles, et encore plus loin vers le continent Antarctique, et bien sûr être prêt à passer des heures à labourer le « brash », contactez Jérôme Poncet ! Il vous livrera peut-être quelques secrets de son jardin …


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