par Yo! » 09 Jan 2026, 18:47
Bonjour, quelle belle question!
Sur la base de notre expérience limitée (nous sommes en couple, plongeurs et évitons les zones froides autant que possible), en matière de zones isolées, nous sommes passés au Soudan (via Suez/Egypte/Jordanie aussi mais c'est moins isolé), pas mal de temps dans les atolls perdu des Tuamotus; traversée du Japon au Canada en direct en une quarantaine de jours, trois expériences différentes;
d'un côté les grands Soudanais souriants avec leur djelabba toute blanche et la kalach dans le dos, de l'autre tout seul derrière la barrière de corail avec le vent qui rentre et lorsqu'on est en plein milieu du Pacifique, on se trouve à 20 jours de mer d'un secours et les cargos (qui peuvent se dérouter) sont à 40 000$/j qu'il faudra peut-être proposer de compenser.
Matériel: tout ce qui peut tomber en panne tombera en panne: simplifier au maximum et prévoir la gestion des modes dégradés (e.g pas de sytème de com, pilote HS, moteur HS, grosse vague qui noie une partie de l'électronique ou bien cause un black-out complet). La redondance de pièces vitales est importante (e.g. GPS portable, VHF/pile; panneaux solaires pour assurer un minimum de charge ; pompe eau de mer, injecteur, durites etc pour le moteur; bonne longueur de dyna et ferrures adéquates pour remplacer quelques éléments de dormant; plusieurs ancres - il y a des situations où on doit en laisser une sur place pour la récupérer éventuellement plus tard -; du matériel de réparation de voiles et du matériel de grimpe solo....) ainsi que du bon matériel de bricolage sur batteries (yc une disqueuse, c'est quand même plus pratique qu'un coupe-hauban si le mât tombe).
Dans tous les pays, on trouve des bricolos pour tout ce qui est moteur par contre très peu de support pour ce qui est tech.
Navigation: Soudan/Tuamotus/Mer de Corail ne sont que partiellement hydrographiés, il faut être prêt à naviguer à vue (quelqu'un au premier étage de barres de flèches est un plus).
Les prévisions météo sont assez fantasques concernant les coins reculés, les vieilles règles sont très souvent pertinentes i.e. parcourir les archives/journaux de bord des anciens.
La possibilité de rencontrer des phénomènes météos hors-norme est réelle, en tenir compte.
La connaissance des (rares) locaux est très souvent impressionnante, la barrière de la langue peut-être problématique.
La probabilité d'une restriction majeure d'accès aux signaux GPS/Starlink etc ne cesse d'augmenter, il est important de n'en pas dépendre complètement et d'avoir à bord sextant & quelques cartes, archives, docs etc si besoin.
Beaucoup de sites (e.g. Noonsite) aident à planifier les formalités administratives, mais c'est toujours armé de patience qu'il faut s'y soumettre.
Vie: partout où il y a des gens, partout on trouve à manger, parfois monotone, parfois exotique mais la meilleure option est de manger local (l'intérêt d'un congel pour manger de la vache en inde est assez limité). un sac de riz de 10kg et quelques boites permettent de tenir une vingtaine de jours avec un peu de pêche.
L'eau douce (2-3l/j) est très sensible et impose un dessalinisateur fiable ainsi que de maintenir un stock de sécurité d'une vingtaine de jours pour avoir le temps de se retourner.
Un stock de petites coupures facilite bien des choses.
De manière générale, on est bien accueillis, paradoxalement mieux dans les pays simples que dans certains pays soit-disant développés où la peur de l'étranger prend toute la place. Il y a une grande curiosité pour celui qui vient d'ailleurs, de très loin et qui va repartir, du coup les gens sont gentils, ouverts, de toute manière partout sur planète, chacun veut pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et vivre tranquillement (sauf quelques endroits que je ne citerai pas).
Pas eu de problèmes de sécurité majeur, à nouveau écouter les locaux. La question des armes est un choix personnel, il faut être prêt à tirer le premier.
Survie: pharmacie avec peu de molécules mais du lourd si possible injectable (antibio, AIS, AINS, adrénaline et morphine en quantité à minima), si le paracétamol règle le problème, ce n'est pas vraiment un problème; en situation d'isolement, il faut pouvoir tenir. Bouteille d'oxygène, matériel de suture etc... pré-contact avec CCMM à Purpan et guide médical papier à bord.
Grab-bag: un ou deux bidons d'eau au 3/4 plein (ça flotte) pré-équipés avec une longe en plus du grab-bag avec tout ce qu'il faut dedans. La soif est bien plus dangereuse que la faim.